J'ai la gerbe.
Il est deux heures et demi du matin, et l'alcool finit de se diluer dans mon sang. J'ai dilaté mes pupilles deux heures durant sur des animés. Je me sentirais vide, sans ces relents ragoûtants de boissons dans les tréfonds de mon estomac, que mon esprit sinueux assimile à un dégoût bien plus général, bien trop général. Plus rien n'a de sens, je perd tous les intérêts que j'avais cru acquérir, mes rêves étaient tracés dans du sable et le vent de la monotonie est venu les effacer. J'ai crevé de prétentions, j'ai voulu me construire et m'édifier dans divers projets démesurés dans lequel je ne cherchais au final qu'un refuge, loin du creux de l'existence. La merveilleuse banalité de cette existence. La vie est belle de sa paradoxale inutilité, il en faut tellement peu pour passer du mauvais côté de la barrière, celui où l'intime conviction initiale, la première des prises de conscience, peut-être, nous revient dans la gueule. Peut-être ai-je cru un jour que mes parents détenaient le sens de la vie, sa raison et l'explication de son mystère. Quelle fut alors ma désillusion, car personne ne sait rien, ne saura jamais -et quand bien même viendrait à savoir, n'aurait plus qu'à mourir : qui voudrait jouer à un jeu dont il connaîtrait le sens et surtout, la réalité de la fin? Deux soirées dont je sors avec pour seule conclusion un placide "c'était de la merde", après avoir été jugée artiste et intellectuelle d'après mon faciès. De mon mal-être découle l'alcool, "je bois pour oublier que je bois pour oublier" pour finalement me faire reléguer au rang de déchet humain. Alors jetez moi. Recyclez moi. Qu'importe, demain ça ira sûrement mieux, j'oublierai peut-être par la sociabilité le non-sens général, et pourquoi même, ne reprendrais-je pas le goût du dessin, des sorties, des révisions (haha), de la comédie, de la sociabilité, des gens.
Mais pour le moment, j'ai juste la gerbe.